Le Blog de Sami

L'analyse de l'actualité politique et sociale du Maroc à travers l'histoire.

06 août 2006

CHANTS AUX MERES DES MILICIENS MORTS DE PABLO NERUDA

Ils ne sont pas morts ! Ils sont au milieu

de la poudre,

debout, brûlant pareils à des mèches.

Leurs ombres pures se sont unies

dans la prairie couleur de cuivre

comme un rideau de vent blindé,

comme une barrière couleur de fureur,

comme le sein même, invisible, du ciel.

Mères ! Ils sont debout dans le blé,

hauts comme le midi profond,

dominant les grandes plaines !

Ils sont une envolée de cloches à la voix sombre

qui à travers les corps d’acier assassiné

carillonne la victoire.

Sœurs pareilles à la poussière

tombée, cœurs

brisés,

ayez foi en vos morts !

Ils ne sont pas seulement des racines

sous les pierres teintes de sang,

non seulement leurs pauvres os terrassés

définitivement travaillent dans la terre,

mais leurs bouches mordent encore la poudre sèche

et attaquent comme des océans de fer, et

leurs poings toujours dressés contredisent la mort.

Parce que de tant de corps une vie invisible

se lève. Mères, drapeaux, fils !

Un seul corps vivant comme la vie :

un visage d’yeux brisés surveille les ténèbres

avec une épée pleine d’espérances terrestres !

Quittez

vos manteaux de deuil, unissez toutes

vos larmes jusqu’à les rendre de métal :

nous sommes là pour frapper jour et nuit,

pour piétiner jour et nuit,

pour cracher jour et nuit

jusqu'à ce que tombent les portes de la haine !

Je n’oublie pas vos malheurs, je connais

vos fils

et je suis fier de leurs morts,

je suis fier aussi de leurs vies.

Leurs rires

étincelaient dans les sourds ateliers,

leurs pas dans le métro

résonnaient à mes côtés chaque jour, et près

des oranges du Levant, des filets du Sud, près

de l’encre des imprimeries, sur le cimetières des architectures

j’ai vu flamboyer leurs cœurs de feu et d’énergies.

Et de même que dans vos cœurs, mères,

il y a dans mon cœur tant de deuil et tant de mort

qu’il ressemble à une forêt

trempée du sang qui a tué leurs sourires,

et qu’en lui pénètrent les rageuses brumes de l’insomnie

avec la déchirante solitude des jours.

Mais

plus que l’imprécation contre les hyènes assoiffées, contre la râle bestiale

qui d’Afrique hurle ses patentes immondes,

plus que la colère, plus que le mépris, plus que le sanglot,

mères transpercées par l’angoisse et la mort,

contemplez le cœur du noble jour qui naît,

et sachez que depuis la terre vos morts sourient

qui lèvent leurs poings au-dessus des blés.

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